La mort est aveugle et le french kiss s’appelle nEUROn
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A l’occasion du premier vol inaugural de nEUROn, – le drone de combat développé pour moitié par Dassault Aviation et un consortium européen – parlons de ces technologies sous le prisme de l’avatar.
Je m’explique, le drone est sans pilote embarqué, cependant, il est piloté à distance à partir des données transmises par la machine. En cela, il est bien de la classe des avatars.
Avec les progrès de l’intelligence artificielle, le drone aura une autonomie d’action grandissante, avec le potentiel de devenir un robot tueur autonome.
Piloté dans le cyberspace, il tue dans l’espace des humains
Avec leur design futuriste, les drones semblent sortir tout droit du cyberspace pour s’emparer de l’espace aérien des humains. Et c’est le cas, car le pilote, lui, reste dans le cyber-espace des données qu’il interprète.
Par rapport à notre conception classique de l’avatar du web, c’est bien une réalité mixée, mais avec une inversion des plans de réalité.
L’homme (le pilote) reste immobile dans un environnement de données fournies par la machine et le drone (l’avatar) se déplace dans le réel.
Cette distance protège le pilote d’une mort potentiel mais il semble aussi le dissocier de la mort qu’il délivre. Le pilote est hors du théâtre des opérations et les cibles sont des data.
Bien sur, on ne peut pas faire le procès aux pilotes de drones d’être sans affect mais l’empathie pour la victime est constituée en partie par le potentiel de recevoir la mort soi-même.
Il y a en effet une dimension de jeux vidéo et de froideur mécanique dans les drones. Mais le danger ne vient pas de l’avatarisation du pilote car on pourrait le rapprocher en terme de responsabilité, avec un bombardement à haute altitude.
Non, c’est la part de NPC (Non-Player Character) des drones qui posent certaines questions.
Dans les univers virtuels, le personnage non joueur est celui qui n’a pas d’humain au commande, rétif au dialogue hors de sa programmation.
nEUROn (neurone), le nom du drone français évoque une guerre qui serait cérébrale, mais le drone est un prédateur sans vie qui chasse des humains.
Hommes conditionnés vs machines programmées
C’est la réponse de l’industrie militaire au terrorisme qui semble frapper au hasard. Le drone aussi surgit de nulle part et délivre la mort, il est un Non-Player Character au sens propre comme le terroriste, il ne joue pas le jeu. Et c’est pour cela qu’il fait peur.
C’est cette mort sans procès qui fait débat aux Etats-Unis et en Israel, contestée par les mouvements des droits de l’homme. Appellés, la guerre secrète d’Obama, les drones prélèvent des vies, ils moissonnent en silence.
Ils sont les artefacts de la guerre chirurgicale, un oxymore. A l’image des frappes préventives, appelées ainsi par les spin doctors américains (les conseillers en communication du Pentagone), cette métaphore médicale sous-entend que l’on n’a pas à faire de procès pour prélever des cellules cancéreuses.
Frappes préventives et justification a posteriori
Les drones interviennent aussi en temps de paix, ils frappent des cibles politiques, certes, mais souvent civils. Il s’agit donc d’assassinats. Nouvelles technologie, nouvelles éthiques ? Pourtant l’éthique régit les actes et non les outils pour commettre ces actes. Mais le drone semble aussi furtif pour échapper au radar que ses commanditaires pour échapper à l’opinion publique.
Mais si la part d’intelligence artificielle augmente et la prise de décision échappe à l’avenir de plus en plus au pilote, la question ne se pose évidemment pas de juger une machine pour meurtre mais est-ce raisonnable de laisser à une machine le pouvoir de vie et de mort sur un humain ?
C’est à l’université de Cambridge qu’une cellule de chercheurs s’est constituée (Centre for the Study of Existential Risk) pour étudier par anticipation les risques que fait peser sur l’existence de l’humanité les armes robotiques autonomes. Clairement ciblés par cette initiative, l’avènement d’une singularité technologique et les robots tueurs.
On a pu également voir à New-York, une campagne artistique et activiste aux couleurs de la NYPD (New York Police Department) sous le slogan : « Drones: Protection When You Least Expect It » (Drones : un protection au moment où vous y attendez le moins), qui mettait en question l’utilisation de drones dans l’espace civil (et en particulier sur un usage potentiel contre les migrants). Depuis, Essam Attia, le street artist à l’origine de cet affichage a été arrêté.
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Pour revenir à nEUROn, ce drone – plus précisément cet UCAV (avion de combat furtif sans pilote à bord) – est développé conjointement par Dassault Aviation, le suédois Saab, l’italien Alenia (groupe Finmeccanica), le grec Hellenic Aerospace Industry, le suisse RUAG et l’espagnol CASA (groupe européen EADS). nEUROn est plus gros qu’un Mirage 2000 mais aurait la signature radar d’un moineau.
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Il est esthétiquement très réussi, avec son fuselage effilé et son cockpit aveugle bourré de capteurs. Le baiser de la mort à la française.
The Cambridge Project for Existential Risk [anglais]
Obama’s drone assassination rules decried by rights groups [anglais]
These Next Generation Drones Will Do Even More With No Human Input At All [anglais]
Can machines be programmed to make moral judgments? [anglais]
